Avant de créer un logo, je me pose un certain nombre de questions. C'est LE passage obligé dans le processus de création d'identité visuelle.
Pour vous expliquer ma démarche, je vais prendre l'exemple du logo ci-dessus qui est assez complet
Avant de penser aux couleurs, aux typographies ou aux symboles, il est essentiel de définir son identité, ses valeurs et le message que l’on souhaite véhiculer.
Dans le cas qui nous intéresse, mon client est menuisier.
Très bien. Mais quoi d’autre ?
Quelle est sa valeur ajoutée ? Dans quel secteur intervient-il ? Quel type de clientèle souhaite-t-il attirer ? Qu'est-ce qui le distingue des autres professionnels ?
Autant de questions qui permettent d'aller au-delà de la simple activité.
Mon client est menuisier agenceur.
Ça se précise. On est sur du sur-mesure, une prestation qui ne correspond pas à tous les budgets.
Son travail s'inscrit donc dans un positionnement haut de gamme, destiné à une clientèle à la recherche de réalisations personnalisées et qualitatives.
Son identité visuelle devra traduire plusieurs notions :
Mais au fil de nos échanges, mon client m'a appris une information importante : dans son activité d'agencement, il ne travaille finalement pas tant le bois que cela.
Quelle aubaine !
Après en avoir discuté avec lui, je lui ai proposé de ne pas utiliser directement la notion de bois dans son logo. D'abord parce qu'elle était déjà présente dans le nom de l'entreprise, mais aussi parce que le bois n'était pas la matière principale de son travail d'agencement.
Cela m'a permis de m'éloigner des codes graphiques habituels de la menuiserie et d'explorer une piste beaucoup plus différenciante.
À travers ses réalisations, un univers se dessinait : celui de la modernité, des lignes, des volumes et des solutions d'agencement personnalisées.
Nous avons donc approfondi les notions à faire apparaître — ou non — dans le logo :
Le cadre créatif était posé. Il ne restait plus qu'à traduire ces idées en formes.
Une fois le positionnement défini, il faut trouver comment le traduire graphiquement.
Comment transformer le sur-mesure, le haut de gamme et la modernité en formes, en couleurs, en typographies ou en signes visuels cohérents ?
Et là, je dois bien l'avouer, j'ai beaucoup tourné autour du pot.
Le nom de l'entreprise était long — je lui avais d'ailleurs suggéré de le raccourcir 😉 — et aucune police de caractères ne semblait répondre à ce que je cherchais.
Puis j'ai eu une illumination.
Nous étions dans le domaine de l'agencement et du sur-mesure. Je me suis donc mise dans la peau du menuisier et j'ai réfléchi à son travail : les solutions techniques qu'il doit imaginer, les contraintes qu'il doit résoudre, les découpes parfois biscornues qu'il doit réaliser pour que chaque élément trouve sa place.
Des formes qui doivent rentrer dans d'autres formes. Des pièces qui s'emboîtent, comme dans un jeu de construction.
Des ronds, des carrés, des rectangles, des biseaux… Des formes simples, mais combinées de manière à répondre à une contrainte précise.
Et si le sur-mesure devenait justement le principe graphique du logo ?
L'idée a commencé à prendre forme.
Puisqu'aucune typographie existante ne répondait à mon besoin, j'ai décidé d'en créer une spécialement pour ce projet.
Petite précision importante : la création typographique est un métier à part entière. Je ne me suis donc pas lancée dans la conception d'un alphabet complet, avec toutes ses lettres, ses césures et ses règles typographiques.
L'objectif était plus ciblé : créer un système de formes adapté à ce logo, en jouant avec des ronds, des carrés et des biseaux.
Une typographie sur mesure, en quelque sorte.
Le concept graphique était trouvé : traduire le savoir-faire de l'agenceur à travers un assemblage de formes géométriques, pensé pour le projet et non choisi dans un catalogue de polices existantes.
Un logo ne doit pas être conçu uniquement pour être beau sur une présentation ou une carte de visite.
Il doit pouvoir vivre sur différents supports : un site internet, les réseaux sociaux, des documents professionnels, une enseigne, un véhicule ou encore une banderole.
Et chacun de ces supports possède ses propres contraintes.
Un logo ne doit donc pas être figé dans une seule version. Il doit pouvoir être décliné tout en conservant son identité et sa lisibilité.
Dans le cas de mon client, nous avons notamment prévu de pouvoir utiliser un élément seul : le B placé dans le cercle.
Cette version simplifiée sera particulièrement utile pour les réseaux sociaux, où l'espace disponible est souvent réduit et où le logo doit rester identifiable à petite taille.
Il faut également pouvoir adapter le logo aux différents formats :
L'objectif n'est pas de créer plusieurs logos différents, mais de construire un système d'identité cohérent, capable de s'adapter à chaque situation.
Anticiper ces usages dès la conception permet d'éviter les mauvaises surprises et de garantir que le logo restera lisible, reconnaissable et pertinent dans le temps.
Cette réflexion vous permettra avant tout de mieux connaître votre entreprise et de définir vers quoi vous voulez tendre. En prenant le temps de vous poser ces questions, vous ne laissez pas la création de votre logo au hasard.
Et surtout, vous évitez de concevoir un logo qui serait complètement déconnecté de votre entreprise, de votre marché ou de vos clients.
Pour vous convaincre, prenons un autre exemple. Et après, je vous lâche la grappe.
Au premier regard, le logo d’Action peut sembler très simple, voire peu sophistiqué : une typographie assez massive, une légère inclinaison, trois barres transversales… et hop !
Mais si l’on s’intéresse à ce qu’il raconte, les choses deviennent beaucoup plus intéressantes.
À qui s’adresse l’enseigne ? Que vend-elle ? Des produits du quotidien à petits prix, qui permettent de se faire plaisir sans trop dépenser.
Le logo traduit finalement assez bien cette promesse : il est direct, accessible, identifiable et ne cherche pas à donner une image haut de gamme.
Et ces trois barres ? Elles peuvent évoquer, de manière assez évidente, les trois bandes d’Adidas.
Alors pourquoi ne pas pousser l’analyse un peu plus loin ?
Chez Action, on trouve de tout, à petits prix : des produits sans marque, des marques moins connues et parfois des produits qui reprennent les codes des grandes marques, pour une qualité qui peut s’en approcher sans en afficher le prix.
Le logo participe donc à cette perception : pas besoin d’en faire trop pour être efficace.
C’est précisément pour cela qu’un logo ne doit pas seulement être « joli ». Il doit surtout être juste par rapport à ce que l’entreprise est, à ce qu’elle propose et à l’image qu’elle souhaite renvoyer.
Et c’est là tout l’intérêt de la démarche : avant de chercher à créer un beau logo, il faut chercher à créer le bon logo.
Une tête, 2 bras, 2 jambes, 2 yeux (importants les yeux dans mon métier) et surtout un cerveau qui carbure